samedi 27 décembre 2014

J'ai connu une infirmière ... (2)




... qui a fait de mon stage une période de ma formation inoubliable. Elle m'a encadrée d'une façon formidable, m'a accompagnée durant tout mon stage, en m'encourageant sans arrêt, en me donnant de précieux conseils et des anecdotes que je retransmettrai en temps voulu aux potentiels stagiaires que j'aurai à encadrer. C'est elle-même qui m'a laissé travailler dès mon deuxième jour en autonomie quasi totale, en se montrant toujours d'une disponibilité sans faille. C'est cette infirmière qui me disait de lui laisser réaliser les toilettes pour que j'aille faire les soins les plus intéressants à sa place. Celle-là même avec qui j'ai pu prendre de nombreux temps pour discuter des mes objectifs de stage, de mes projets futurs. Elle avec qui j'ai pu rire aux éclats, partager, oublier et bien d'autres choses.

Je souhaite à tous de tomber sur ce genre d'infirmière, et surtout d'en devenir une qui pourrait lui ressembler. Alors, très sincèrement, merci à elle.

jeudi 11 décembre 2014

Ces patients qui nous mettent la pression

Durant tous mes stages, j'ai pu connaitre et rencontrer de nombreux patients, certains plus marquants que d'autres, avec leur histoire, leur vie. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de devoir faire des soins à des patients que je prenais en charge ; jusque là, rien de bien gênant. Toutefois, le connaissez-vous, ce patient qui vous met la pression avant même que vous n'ayez commencé ? Ce sont peut-être ceux qui nous apprennent le plus à nous remettre en question. 
Il y a d'abord eu cette patiente, lorsque j'étais en deuxième année. Elle venait faire un contrôle à l'aide d'un bilan sanguin, que je devais moi-même réaliser. Je m'étais d'ores et déjà présentée à elle, en lui précisant bien que j'étais étudiante. Alors que, mon matériel fin prêt, je m'apprêtais à commencer le soin, la patiente m'a annoncé l'air de rien "Au fait, juste pour vous prévenir, je déteste les piqûres. Je fais un malaise une fois sur deux". Ok.... Très bien. petite révision à vitesse grand V du comment met-on les jambes en l'air sur ce siège et comment peut-on l'allonger... Ok, je m'en souviens à peu de choses près... Pour garder une certaine contenance, j'essaye de faire un peu d'humour (miracle, la patiente rigole, ça m'a l'air de fonctionner !), et toujours sur le même ton, demande à l'aide-soignante pas loin de m'aider en cas de problème. Elle restera présente tout le long du soin, et je l'en remercie encore! Finalement, à l'aide de quelques diversions et de questions en apparence anodines, j'ai réussi à faire parler la patiente qui, bien qu'elle ait sentit l'aiguille passer, n'aura fait aucun malaise et ne se sera même pas sentie mal. Au final, je souhaiterais remercier cette jeune femme qui, quelque part, m'a appris à gérer mon stress, et m'aura permis d'apprendre à détourner l'attention afin de réaliser le soin dans de bonnes conditions. 


Toujours en deuxième année, dans un autre service toutefois, j'ai dû réaliser un bilan sanguin (encore une fois, décidément!) en urgence, auprès d'un patient hospitalisé depuis une semaine. Nous nous connaissions déjà, et avions eu l'occasion à de nombreuses reprises de discuter et d'apprendre à nous connaitre. Sa femme était toujours présente à ses côtés, et passait même ses nuits auprès de lui. C'est ainsi que je suis arrivée dans la chambre en annonçant au patient que le médecin avait prescrit une prise de sang pour x et y raisons. Il a acquiescé, puis a ajouté lorsqu'il m'a vu commencer à m'installer "Mais, vous êtes étudiante c'est bien ça ?", ce à quoi je réponds par la positive. Il s'exprime alors d'un air plus qu'inquiet "Mais, c'est vous qui allez faire ça ??!"... Voyant qu'il avait l'air presque paniqué, je me suis arrêtée dans mes préparatifs, me suis assise sur la chaise à côté de lui, en lui expliquant que oui, j'allais réaliser le soin, et que c'était loin d'être la première que je réalisais. Je lui ai ensuite dit que j'allais commencer par regarder ses veines, et que si vraiment je n'en trouvais pas, j'appellerai l'infirmière. Enfin, j'ai terminé en disant que si toutefois il ne souhaitait pas que je le fasse, je comprenais tout à fait et appellerai dans ce cas l'infirmière. Il m'a longuement observée, puis à doucement inspiré en lâchant un faible "D'accord, allez-y". Malgré mon calme apparent, c'était la tempête dans ma tête. Je suis presque certaine d'avoir transpiré à grosses gouttes, mais je priais surtout pour que ma main ne tremble pas au moment de piquer. Ce ne fut heureusement pas le cas, et le patient a à peine senti le moment où je l'ai piqué. Il a alors immédiatement retrouvé le sourire et m'a remercié. 
Peut-être aurais-je contribué à le rassurer au sujet des étudiants infirmiers venant réaliser leur soin sur de "vrais" patients ?

Je terminerais par cette situation récente rencontrée lors de mon dernier stage. S'agissant d'un service assez lourd, l'infirmière m'a très gentiment demandé si je pouvais lui donner un coup de main sur certains de ses pansements. Heureuse de pouvoir aider cette (adorable) infirmière, et surtout prodiguer des soins, j'ai immédiatement accepté. Cependant, j'aurais peut-être dû y réfléchir à deux fois... Dans quoi m'étais-je donc fourrée ! Pour commencer, il n'y avait aucun protocole précis sur la manière de procéder, et aucune description détaillée sur ce que j'allais trouver sous ce fameux bandage. Pour ne pas arranger les choses, la famille de la patiente venait de faire plus de 300km pour venir la voir, et repartait tôt dans l'après-midi. En m'excusant, je leur ai demandé de sortir, en leur expliquant que nous n'avions pu faire le soin ce matin à cause des urgences rencontrées. Néanmoins, pendant toute la durée du soin (soit pas moins de 25 minutes), la patiente n'aura cessé de me dire "Mais ne peut-on pas faire le pansement demain ? Oh la la, c'est pas vrai, et ma famille qui attend dehors, je ne vais pas les voir longtemps !!", cela en pleurant. Une fois, deux fois....... Dix fois, vingt fois... De quoi te mettre la pression à toi, pauvre petit étudiant infirmier ! En dépit de mon ton rassurant et de mes plates excuses, rien n'y a fait. Et non, le pansement ne pouvait pas être décalé au lendemain, et ce que j'ai découvert en dessous me l'a bien confirmé. Une plaie suintante à l'odeur douteuse et, surtout, SURTOUT, avec un magnifique tendon apparent, m'a confirmé que j'avais bien fait de ne pas céder à ses demandes (aussi dur cela fut-il). Fort heureusement pour moi, l'infirmière a volé à mon secours au milieu du soin en venant m'aider, en essayant à son tour de rassurer la patiente qui, en plus de pleurer, était relativement douloureuse (au vu de l'état de sa jambe, on peut le comprendre), et ce malgré toute la douceur que je mettais dans mes gestes. Nous avons terminé du mieux que nous avons pu, en essayant de nettoyer la plaie au mieux (en l'absence d'un protocole précis, et étant en weekend, cela ne s'est pas avéré très simple). Puis nous avons finalement rappelé la famille qui, mécontente, nous a marmonné des "Ah, enfin!" ou "A chaque fois qu'on vient, c'est la même chose !!"... Nous n'avons rien répondu, mais ce n'était pas l'envie qui nous manquait de leur dire que, NON ce n'était pas voulu, que PARDON nous avions eu deux urgences ce matin car les patients étaient en train de mourir et que, par conséquent, NON nous n'avions pas pu réaliser le pansement plus tôt dans la journée.

mercredi 3 décembre 2014

Please don't cry...



Parmi les nombreuses situations que vit un soignant au quotidien, il en est une qui m'est particulièrement difficile à gérer : un patient en larmes. Non pas des larmes de joie ni de douleur, mais celles de tristesse. C'est ainsi qu'en allant voir une patiente afin de lui donner ses médicaments, je lui ai trouvé un air triste. J'ai décidé de m'assoir près d'elle afin d'en savoir un peu plus, et c'est là qu'elle a éclaté en sanglots. Complètement désemparée, mon premier réflexe a été de lui prendre la main et d'attendre qu'elle parvienne à se calmer un peu. En lui demandant ce qui la mettait dans cet état, elle m'a tout déballé : la découverte de son cancer de façon tout à fait fortuite, ses traitements par chimiothérapie, ses hospitalisations, ses désirs de retourner à domicile sans le pouvoir et enfin (et surtout!) le faible nombre des visites et l'absence de soutien de sa fille. Puis ses larmes ont repris de plus belle, et elle m'a dit "Et puis, si vous saviez les mots que ma fille a eu envers moi ! Ca me fait vraiment du mal. Je n'ai plus personne à qui parler. Même mes amis sont en voyage, je ne peux pas les contacter. Je me sens si seule". Toujours en lui tenant la main, j'ai essayé de la rassurer comme j'ai pu, en tentant de trouver les mots justes. C'est dans ce genre de moment que l'on se rend compte que gérer ses propres sentiments, c'est déjà bien assez compliqué, mais le faire pour ceux des autres... Alors je lui ai parlé, nous avons échangé longuement sur sa vie, ses ressentis personnels et tout ce qu'elle a bien voulu me révéler. J'ai fini en lui disant "Et puis, vous savez, nous sommes là. Vous pouvez nous parler à n'importe quel moment, nous serons toujours la pour vous écouter. Quelque part, on essayera d'être votre petit rayon de soleil !". Cette dernière réplique l'a fait sourire, un de ces sourires vrais et sincères qui vous prouvent qu'exercer ce métier, ça en vaut bien la peine.


Ce genre de situation nous permet à tous de nous rappeler que ce sont des personnes que nous avons en face de nous, avec leur caractère, leur histoire, et qu'il ne s'agit pas simplement de gens à qui l'on prodigue des soins techniques. Non, nous avons avant tout une personne humaine en face de nous, qui a ses propres peurs et ses propres sentiments.