dimanche 9 octobre 2016

Merci



Je reviens sur ce blog très régulièrement, sans vraiment oser écrire un nouvel article. Ce qui est assez idiot puisque c'était le but premier de cette page lorsque je l'ai créée. 
J'ai relu mes descriptions ; parle-t-on encore d'infirmière "nouvelle" diplômée alors que ça fait déjà plus d'un an que je suis en poste ? Le temps passe, il file à une vitesse incroyable. J'ai l'impression que j'ai commencé hier, pourtant j'ai la sensation de n'être déjà plus tout à fait la même qu'à mes débuts. Logique, me direz-vous. 
Ce métier, je le pratique réellement avec tout mon coeur, malgré les nombreux obstacles rencontrés. Je l'aimais déjà depuis mon statut d'étudiante, et je l'adore toujours autant. C'est juste que certains jours sont plus difficiles à gérer que d'autres.
Restriction budgétaire, manque de personnel, changement de service pour dépannage... J'en passe des vertes et des pas mûres. 
Malgré tout, on en redemande. Chaque jour, on enfile cette fameuse blouse blanche, on entre dans le service, on toque à une porte, et on sourit. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, c'est un sourire spontané qui s'affiche sur mon visage. Il n'est que très rarement forcé ; j'ai plaisir à saluer ce patient qui, la veille, m'a fait une multitude de compliments. Je suis ravie de retrouver cette patiente qui, chaque jour, me propose inlassablement ces chocolats que je déteste pour me remercier de "mes bons soins". Ce sont les sourires et les "merci" de tous ces patients (trop nombreux...) que je prends en charge qui me font revenir chaque jour. Ceux qui te disent "merci" alors que tu viens de les perfuser après une troisième tentative ; eux-mêmes qui te remercient encore après un pansement très douloureux. Certes, tous ne sont pas comme ça, mais c'est à ces moments que je me raccroche pour avancer et évoluer. 

Alors à mon tour, je souhaiterais leur dire "merci", merci pour tout. 

jeudi 2 juin 2016

Au revoir

Il y a une situation que j'ai vécu il y a déjà plusieurs semaines. Pourtant, malgré le temps qui passe, celle-ci reste toujours dans un petit coin de ma tête. Aujourd'hui, je l'ai même vu sous un angle un peu différent des autres fois.
J'exerce dans un service traitant de pathologies dites "aiguës" ; il arrive pourtant que nous accueillons certains patients, et qu'ils restent chez nous pour finir leurs jours.
C'est ainsi que je reviens travailler après deux semaines de vacances, toute fraiche, toute pimpante, le sourire aux lèvres (encore plus que d'habitude, si si c'est possible !). Le destin de certains de nos patients étaient connus de tous dans le service, et je suis revenue dans une ambiance quelque peu morose. En effet, nous avions trois patients en fin de vie, ainsi que deux notés comme "non réanimables" en cas d'arrêt cardiaque. OK, le ton est donné. 
Je n'ai aucun souci particulier en ce qui concerne ce genre de prise en charge, bien au contraire, j'y accorde une importance toute particulière et m'applique à rendre les dernières heures de ces patients les plus confortables qui soient. Cependant, je n'ai pu cacher longtemps que j'appréhendais que les patients décèdent avec moi ; je n'ai jamais été confronté directement à la mort. Par "chance" si l'on peut dire, je ne me suis occupée qu'une fois, durant ma formation, d'une personne décédée. Mais celle-ci l'était déjà lors de ma prise de poste.
Ce jour là, je travaillais avec plusieurs collègues et avais sous mon aile une étudiante infirmière. Notre journée a commencé plutôt banalement, jusqu'à ce que nous constations qu'un patient commençait à faire des pauses respiratoires. "Oh oh, pas bon signe" m'a immédiatement soufflé mon subconscient (remarque dont je me serais bien évidemment passé). Avec mes collègues, nous avons tout mis en oeuvre pour que la patiente soit la plus confortable possible ; soins de nursing et nombreux traitements lui ont été administrés afin de la soulager. Bien que le patient n'était pas sur le secteur que j'avais en charge, je trouvais nécessaire d'accompagner et soutenir mes collègues dans ces moments. 
Avec une de mes collègues, nous sommes retournées dans la chambre de ce patient ; nous nous sommes rapidement aperçues qu'il avait déjà rendu son dernier souffle... C'est avec une certaine émotion que j'ai doucement posé ma main sur son thorax, pour m'assurer qu'aucun mouvement, même minime, ne se produisait. Dans le silence le plus total, mais non pas un silence lourd ni pesant, nous avons appelé le médecin pour qu'il annonce le décès.
Une fois chose faite, mes collègues aides-soignantes et moi-même nous sommes occupées de lui dans son "dernier moment". J'ai accordé une importance toute particulière à ces instants, car non seulement, en plus de soulager mes collègues infirmières prises dans de pénibles histoires de paperasses, je prenais soins de ce petit monsieur qui n'était plus.

"Prendre soin", la raison même pour laquelle j'ai choisi d'exercer le métier que je fais aujourd'hui. Dans les bons comme mauvais moments. 

Aucun d'entre nous n'a pu cacher qu'il était un peu bouleversé par la situation. Pourtant, c'est à ce moment là que l'étudiante infirmière (toute timide au passage et très effacée) s'est révélée. En voyant que j'avais un peu moins le coeur à l'ouvrage qu'en début de journée, elle s'est tout d'un coup proposé à faire tous les soins qu'elle était en mesure d'effectuer, et s'est montrée très présente. Ce jour là, elle proposait même son aide aux autres infirmières, choses qu'elle ne faisait pas auparavant.
Aujourd'hui, je souhaitais lui dire bravo, et surtout merci pour son professionnalisme. C'est parfois dans des situations aussi inattendues que l'on distingue et découvre tout le potentiel d'une personne. 

dimanche 10 avril 2016

Les gaffes #1

C'était un matin comme un autre (sous-entendu avec beaucoup de travail, à courir dans tous les sens). Ayant réussi à finir mon tour plus tôt que d'habitude, j'ai décidé d'aller aider ma collègue fraîchement arrivée. C'est ainsi que je me suis vue aller dans la chambre d'un patient afin de lui faire un bilan sanguin. Innocemment, je me dirige vers lui, et repère rapidement qu'il est perfusé au bras droit. En bonne infirmière que je suis (ou que j'espère être...?), je lui précise que je ne peux pas lui faire sur le même bras, et que je vais donc le piquer sur l'autre.
Sans qu'il me réponde, je me suis donc dirigée d'un pas guilleret du côté gauche de son lit... Pour me rendre compte que ce fameux bras gauche n'existait pas. Monsieur avait été amputé il y a quelques années de ça.
Je suis ressortie de la chambre en maudissant (gentiment, bien entendu) ma collègue de ne pas m'avoir avertie. 

Etre une gaffeuse, c'est aussi dire à un patient hospitalisé, tout en sachant qu'il est normalement emprisonné pas loin d'ici mais nécessite plusieurs soins "Vous avez trop chaud ? Vous n'avez qu'à ouvrir...la....fenêtre"... Et dans le même temps, tout en sentant sa voix baisser, s'apercevoir que la poignée de la fenêtre a été condamnée afin d'éviter tout risque de fuite...


L'expression "tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler" n'a jamais été autant adapté à mon cas !


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Je me rends compte que je n'ai plus été présente depuis un sacré bout de temps, pourtant, j'aurais tout un paquet de situations et anecdotes à vous faire partager ! J'espère trouver le temps et suffisamment de motivation pour faire revivre ce blog, qui pourtant me tient toujours à coeur. A bientôt !

dimanche 1 novembre 2015

Ce jour est bel et bien arrivé

Ca y est. Consécration ultime après trois longues (et parfois dures) années d'étude. Je suis passée de l'autre côté de la barrière...


Je suis officiellement Infirmière Diplômée d'Etat !


Et qui dit diplôme en poche, signifie première prise de poste. Premiers jours, stressants, intensifs d'autant que commencer en plein été n'est pas forcément la chose la plus évidente, dans la mesure où le manque de personnel se fait cruellement ressentir. Fort heureusement, contrairement à d'autres, j'ai eu la chance d'être doublée durant plus d'une semaine. Mais après ces premiers émois, il est temps de se lancer dans le grand bain. Ca y est, plus le droit à l'erreur. On se forge notre propre expérience, on apprend à s'organiser et à trouver sa propre façon de travailler. J'ai également eu la chance de tomber sur une équipe des plus compréhensive et disponible, toujours présente lorsque j'avais (ou lorsque j'ai encore) des questions ou incertitudes. J'ai également pu prendre  (déjà) des étudiants sous mon aile. Je dois avouer que, pour le moment, le positionnement est assez délicat. Je jongle constamment entre ma nouvelle position d'infirmière, tout en n'oubliant pas qu'à peine quatre mois plutôt, j'avais encore le statut d'étudiante, aussi difficile soit-il. C'est toutefois un autre sujet dont j'aurai plaisir à parler et à vous faire partager dans un prochain article. 

Quoi qu'il en soit, je suis navrée pour cette longue absence, ma fin d'année, le mémoire ainsi que mon stage pré-professionnel m'ont pris un temps monstrueux. Et après tous ces évènements s'en sont suivis la recherche du premier poste, puis les (longues, mais méritées) vacances. En tout les cas, je vous dis à très bientôt ;). 

samedi 16 mai 2015

L'appréhension du premier jour de stage

Que l'on soit encore étudiant ou bien déjà diplômé, la majorité d'entre nous (si ce n'est pas la totalité...) a connu cette situation... Ce sentiment de stress grandissant à l'approche de ce fameux premier jour de stage. 
La première étape consiste à appeler le service afin d'obtenir diverses informations nécessaires à notre arrivée. Nous pouvons d'ores et déjà nous heurter à plusieurs obstacles ; l'absence de la personne que nous cherchons à joindre, un mauvais numéro, ou pire encore, certains ne sont même pas au courant de notre arrivée. 
Une fois les fameuses informations obtenues (horaires, tenues, repas...), arrive bien (trop) vite la veille de ce premier jour. Et la, de multiples questions s'imposent à nous : est-ce que je serai à la hauteur ? Comment sera l'équipe ? Est-ce que les soins seront intéressants ? En bref, comment va se dérouler notre stage. Et à force de tergiverser, le sommeil nous abandonne, et nous ne parvenons pas à dormir, ou peu. Et si nous avons la chance d'y arriver, ne parlons pas de la qualité de celui-ci...
C'est donc angoissé, stressé, des cernes jusqu'en bas des joues que nous nous présentons à l'équipe (ou directement à la cadre, dans le meilleur des cas).
Et là commencent les présentations inlassables et répétitives... 
"Bonjour, je m'appelle ....., je suis étudiante infirmière en Xième année".
J'admets à 100% qu'en tant que stagiaire et nouvel arrivant, ce soit à nous de nous présenter en premier. C'est même quelque chose qui nous parait naturel. Néanmoins, nous ne sommes pas contre les professionnels qui nous facilitent la tâche en nous accordant un tant soit peu d'attention. Alors il y a ceux là, qui s'arrêtent de marcher/papoter/téléphoner/autres pour nous regarder et nous laisser nous présenter. Et malheureusement, il y en a d'autres qui ne nous prêtent pas la moindre attention. Dans ce cas, on préfère les laisser terminer ce qu'ils sont en train de faire. Mais malheur nous en a pris ! Ô combien m'ont reproché de ne pas m'être présentée directement à mon arrivée... J'aurais cependant rêvé voir leur réaction si j'avais interrompu leur conversation sur leurs vacances pour m'imposer et décliner mon identité...
En bref, nous répétons inlassablement la même rengaine, parfois pendant plusieurs jours, et, dans mon cas, jusqu'à trois à quatre semaines après le début de mon stage, étant donné le nombre d'infirmières et d'aides-soignantes exerçant dans le service.
Je ne cherche pas à faire de reproches ou à désigner du doigt. Simplement, je sais que, lorsque je serai diplômée, je ferai tout pour mettre à l'aise un étudiant, quitte à parfois me présenter la première. N'oublions pas que les premiers jours peuvent représenter, pour certains étudiants, une grande épreuve.  

lundi 30 mars 2015

Keep smiling



Parce qu'il n'est rien de plus beau que d'échanger un sourire avec ses patients...
Ne l'oublions pas. Une si simple attention peut changer la donne. 

mercredi 25 mars 2015


Madame C était l'une de ces patientes discrètes, qui ne semblait jamais souffrir ni avoir besoin d'une aide quelconque. Et pourtant, Madame C était atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale. Nous devions également lui administrer chaque jour différents stupéfiants pour la soulager au mieux. Malgré tout cela, jamais elle ne s'est plaint. C'est une patiente avec laquelle je me plaisais à discuter, avec qui j'avais de brefs échanges toujours très riches, mais courts pour ne pas la fatiguer. 
Le weekend a passé, et je suis revenue dans le service le lundi suivant. En l'espace de deux jours, Madame C avait arrêté de s'alimenter et ne communiquait pratiquement plus. Elle qui se mobilisait plus ou moins aisément ne parvenait plus ne serait-ce qu'à se soulever la tête. Alors je sais qu'en tant que professionnel, nous nous devons de garder une certaine distance, que nous ne devons pas nous attacher à la personne. Avouons tout de même qu'il est des patients qui nous touchent plus que d'autres, sans que l'on sache réellement pourquoi. 
Alors ce jour là, et celui d'après, l'infirmière m'a demandé si j'avais le temps de m'occuper d'elle pour sa toilette, sachant que les deux jours précédents, ce soin avait pris à l'aide soignant pas moins d'une bonne heure. Bien au contraire, même si je n'ai pas osé l'avouer à ce moment là, je voulais y aller coûte que coûte. Je me devais de rendre les derniers jours de sa vie les moins difficiles et les plus confortables possibles. Alors j'ai pris le temps ; j'attendais que ses grimaces de douleur aient quitté son visage pour soulever son bras ou ses jambes ; je guettais son approbation pour la tourner doucement sur le côté ; je scrutais incessamment son visage afin d'être la plus douce et délicate possible. 
A la fin du soin, j'ai reçu la plus belle récompense que je pouvais espérer : Madame C a ouvert les yeux, et m'a adressé un faible sourire, où l'on pouvait y lire un merci. L'un de ces mercis qui vous retourne le coeur et vous touche au plus profond de vous même. 
Madame C est décédée trois jours plus tard, un jour où je ne travaillais pas. Au départ, j'ai été triste de ne pouvoir lui dire au revoir. Toutefois, aujourd'hui, je me demande si cela n'était pas mieux ainsi. 

Ce métier est fait de belles choses comme d'autres qui se révèlent plus tristes. Néanmoins, c'est en voyant tout le bien et le soulagement qu'on peut apporter dans un soin aussi "banal" d'apparence, que l'on se dit que notre travail est extraordinaire.