lundi 26 janvier 2015

"C'est l'heure de la pause"



Petit pavé en perspective... Mais parlant d'une expérience qui m'a grandement marquée, et dont je me souviens encore aujourd'hui. Je ne cherche à incriminer personne, mais juste à exposer mon incompréhension face à cela. 

Malgré ma grande admiration pour le travail réalisé par les aides-soignantes, j'en ai malheureusement rencontré certaines au cours de mes stages qui m'ont fait déchanter. J'admets tout à fait que leur quotidien, tout comme le notre, n'est pas des plus simples ni des plus reposant. Je comprends également que des temps de pause soient nécessaires (voire indispensables) dans la journée. Toutefois, ce que j'ai du mal à encaisser, c'est que certaines aillent prendre leur pause en même temps, qu'elle dure officiellement 15 minutes (mais officieusement 1h...), et que, lorsqu'on les sollicite parce que l'infirmière, de son côté, croule sous le travail, que pendant ce temps là, nous essayons de l'avancer dans ses taches et sommes donc submergés par le boulot, elles osent nous répondre "Non mais tu comprends, là je suis en pause". Gentiment, je leur réponds que je comprends tout à fait, qu'elles ont droit tout comme nous à leur pause, mais que malheureusement Madame F vient de sonner (sonnette qui, soit dit en passant, sonne depuis plus de dix minutes sans que personne n'aille répondre... Raison pour laquelle j'ai couru voir la patiente en sortant d'une autre chambre), et qu'elle a malheureusement eu la diarrhée... Toujours de façon polie et cordiale, je lui demande si ça ne la dérangerait pas de prendre cinq minutes sur sa pause pour aller changer sa protection, quitte à rajouter ce temps à la suite de sa pause, étant donné que je devais réaliser des soins urgents... Ce que je ne supporte pas, c'est d'avoir comme réponse : "Non mais je t'ai déjà dit qu'on était en pause, et puis elle peut bien attendre le tour des changes, c'est à peine dans un peu plus d'une heure"... Sauf qu'il est impensable pour moi de laisser une pauvre patiente patauger dans ses selles pendant tout ce temps. Que font-elles du risque d'escarres ? Sans parler, en tout premier lieu, du confort même de la patiente ? Patiente qui, je tiens à le préciser, ne sonne quasiment jamais, hormis en cas de grande nécessité. 
C'est ainsi que j'ai décidé d'arrêter ce que j'étais en train de faire, de tout poser, quitte à me retarder grandement dans mon planning déjà surchargé, et d'aller voir cette patiente afin de la soulager. Bien que cette dernière ai réussi à calmer mon énervement en me remerciant à de multiples reprises, et en s'excusant de m'avoir dérangée "juste" pour ça, je dois avouer que la pilule a eu du mal à passer. Sans compter qu'il s'agit d'un évènement qui s'est répété à plusieurs reprises sur mes cinq semaines de stage...

Toutefois, si ça n'avait pu arriver que dans ce service, ç'aurait été magnifique... Lors de la première semaine de mon premier stage, après l'heure du déjeuner, nous avons décidé, l'autre stagiaire infirmière et moi-même, de faire un tour des chambres afin de voir si des résidents avaient besoin de quoi que ce soit. Tout se passait bien, jusqu'à ce que nous arrivions dans la chambre d'une patiente ayant la pathologie d'Alzheimer, pesant un certain poids, que nous avons retrouvé couchée dans son lit, baignant dans ses urines. Ne sachant pas réellement quoi faire étant donné que nous n'avions aucune expérience sur le terrain, nous avons été chercher une aide-soignante, qui venait de terminer un change. Nous lui avons gentiment demandé si elle pouvait nous aider à venir changer Madame P, car nous avions peur de ne pas y arriver seules, voire que la patiente chute. Réponse immédiate : "Non ce n'est pas le moment, le tour des changes est dans une heure, elle peut bien attendre encore un peu...". 
Ne pouvant pas accepter de laisser cette pauvre dame dans de telles conditions, nous avons décidé de changer nous même la patiente. Comme c'était prévisible, nous avons immédiatement rencontré de grandes difficultés... La patiente ne s'est pas du tout avérée coopérante, et nous n'arrivions pas à la mobiliser. Heureusement, à ce moment là, un aide-soignant qui passait dans le couloir nous a demandé s'il pouvait faire quelque chose, nous voyant certainement galérer comme deux pauvres étudiantes de première année que nous sommes. Je ne dis pas que tous les premières années ne sont pas dégourdis, bien au contraire, il s'agit simplement de pratiquer et de pouvoir développer nos capacités. Cependant, pour l'une comme pour l'autre, il s'agissait là de notre toute première expérience dans le milieu médical, et nous n'étions là que depuis deux jours. Nous ne voulions par conséquent pas prendre l'initiative de lever de nous-même la patiente, au risque que celle-ci ne tombe. Ce fameux aide-soignant nous est apparu comme notre sauveur, et nous avons pu réinstaller la patiente dans de bonnes conditions. Nous l'avons chaleureusement remercié en lui demandant s'il avait besoin d'aide. Nous avons donc par la suite continué le tour avec lui. Encore aujourd'hui, je voudrais lui dire merci.

Pour conclure, et je le répète, j'admets tout à fait que le temps de pause est un moment indispensable pour décompresser et se déconnecter un peu du travail. Moi-même, je la savoure de bout en bout. Toutefois, il m'est arrivé à maintes reprises de devoir me lever en plein milieu du repas pour répondre à une sonnette (oui, c'était mon tour), et de malencontreusement tomber, de temps à autre, sur une protection débordante de selles. Je comprends tout à fait que ça ne soit pas la chose dont on rêve de faire en plein milieu d'un repas. Cependant, en accédant à cette formation et en voulant réaliser ce métier, nous savons tous dans quoi nous nous engageons, et savons théoriquement que cela ne sera pas toujours rose tous les jours. Je pense que certains se diront "c'est facile à dire, elle commence à peine dans le milieu", mais je sais très bien que jamais je ne pourrais profiter à 100% d'une pause si je sais que j'ai laissé, de mon plein gré, une patiente patauger dans ses urines ou ses excréments, pour un temps si long.

dimanche 11 janvier 2015

J'ai connu une infirmière.... (3)

... qui, durant toute la période de mon stage, n'a jamais répondu à une seule sonnette, n'était jamais disponible pour aider sa collègue aide-soignante à réinstaller un patient, ni pour l'aider à faire un transfert. Elle courait toujours dans tous les sens pour des raisons que nous ignorions tous, et se rajoutait une charge de travail sans raison apparente. Elle faisait d'une simple égratignure un énorme pansement aux protocoles invraisemblables qui duraient selon elle une éternité à refaire. Par conséquent, elle nous disait avoir plus de vingt pansements à réaliser en une matinée, quand l'infirmière du lendemain n'en trouvait que dix. C'est elle-même qui passait un temps fou à rédiger ses transmissions sur l'ordinateur, et nous ne trouvions le lendemain qu'une ligne minuscule à propos des soins réalisés ce jour. Enfin, c'est cette même infirmière qui m'a appelée pour la pose d'une sonde urinaire, mais qui, en apprenant que j'en avais vu plusieurs sans jamais en faire une seule, n'a pas voulu me laisser réaliser l'acte. Elle-même qui, durant le soin, a déstérilisé tout son matériel, me criait de l'aider à mieux positionner la patiente afin de rendre le méat plus visible, alors qu'elle me poussait en même temps parce qu'elle "ne voyait pas assez bien". C'est ainsi qu'un soin, s'il avait été réalisé plus calmement et en posant les choses, s'est transformé en une troisième guerre mondiale durant lequel elle n'a cessé de me crier dessus pour me dire le contraire dix secondes plus tard. Après coup, je me suis dit qu'elle m'avait rendu service en ne me laissant pas faire le soin, sans quoi il m'apparait que j'aurais perdu tous mes moyens et aurais pu, de moi-même, transmettre je ne sais quel germe à la patiente.

lundi 5 janvier 2015

Une situation pour le moins.. marquante

Il est de ces situations que nous ne sommes pas prêts d'oublier. Aujourd'hui, j'ai repensé à une qui m'a particulièrement marquée (au sens propre, comme au figuré...). C'était durant ma deuxième année, lorsque j'ai effectué un stage au sein d'une résidence accueillant des personnes handicapées mentales. Il m'a fallu me battre bec et ongles pour parvenir à me faire une place dans ce milieu, et plus particulièrement pour réussir à me faire accepter par chaque résident. Ce fut le cas, après quelques semaines de durs labeurs. Toutefois, j'aurais certainement dû écouter les conseils de ma grand-mère, qui m'incitait souvent à me méfier du loup qui dort. J'avais pourtant l'impression d'avoir établie un certain contact avec Louane (ou presque ça...), cette résidente qui, en plus de son handicap mental, présentait également une forme de trisomie particulière. C'est donc tout naturellement que je suis allée la chercher pour l'accompagner dans le poste de soin, où le médecin l'attendait. Pour ce faire, j'ai bien entendu utilisé les méthodes de communications que l'on m'avait enseignées, et Ô miracle, elle n'a opposé aucunes résistances. Plutôt contente de moi, je décide, une fois le rendez-vous achevé, de la raccompagner à sa chambre. Que nenni, ce n'était pas du tout son souhait à elle ! Alors, employant toute la douceur possible et la persuasion dont j'étais capable, j'ai tout de même réussi à la faire aller jusque dans les escaliers. Ma première erreur : me placer une marche en dessous de celle où elle se situait. La seconde : insister (toujours gentiment, mais cela ne suffira pas). Le résultat : une bonne claque bien placée. Oui oui, sa main est partie tellement vite que je ne l'ai pas vu venir, mais ma joue, elle, l'a bien sentie. C'est à ce moment là (mieux vaut tard que jamais...) qu'une lueur de lucidité m'a envahie : seule, je n'en étais pas capable. Je suis alors allée chercher secours auprès de sa référente, qui la connaissait depuis des années. Il lui a simplement suffit de lui demander de remonter dans sa chambre pour qu'elle s'exécute. 

Morale de cette histoire : il ne faut pas tout prendre pour acquis, et toujours savoir se remettre en question. Enfin, il ne faut pas pas oublier que nous ne sommes pas seuls... Nos collègues et les gens qui nous entourent peuvent se révéler de vraies personnes ressources...