Les
idées de sujets à traiter fusent, si bien que je ne sais plus où
donner de la tête. C'est pourquoi je me suis demandée... Pourquoi
ne pas commencer par le commencement ? Par commencement
j'entends première insertion dans la vie active, la vraie. Vous
l'aurez compris, j'aimerais partager avec vous mes toutes premières
expériences sur le terrain.
Mon
premier stage s'est déroulé, certainement comme pour beaucoup
d'entre nous, en maison de retraite. Ce fut mon choix, car je ne me
faisais pas assez confiance pour commencer par un service dit plus
« technique ». Je voulais débuter par quelque chose de
plus "tranquille" qui puisse me mettre à l'aise avec le métier, et
qui me permette d'être au point en ce qui concerne les soins
d'hygiène. Après avoir revu les bases indispensables à l'IFSI, les
premiers préparatifs se sont imposés. Matériel réunis :
check. Tenues propres et repassées : check. Élastique pour les
cheveux et ongles coupés : check. Il ne me restait plus qu'à
faire le chemin la veille (non, je suis la seule à faire ça?) pour
repérer les alentours afin de ne pas me perdre le jour J. Jusque là,
je me sentais fin prête... Puis le stress a commencé à s’immiscer
en moi... Vous devez bien la connaître, cette appréhension avant
d'arriver en terre inconnue... Et là, d'innombrables questions ont
envahi mon esprit : comment va être l'équipe ? Est-ce que
je vais m'y plaire ? Et si jamais ce métier n'était pas fait
pour moi, qu'est-ce que je vais faire ? Et si je suis confrontée
à de la maltraitance ?
Fort
heureusement pour moi, même si je n'étais pas réellement attendue,
tout s'est bien déroulé. J'ai été plus ou moins bien
intégrée à l'équipe, encadrée... Tout du moins, les deux
premiers jours. Car dès le troisième jour, plongée dans le grand
bain : la cadre décide de m'attribuer les deux résidents que
j'aurai à prendre en charge... Et ce, de A à Z. Très bien, sauf
que, comment vous dire... Etais-je censée lui rappeler qu'il ne
s'agissait là que de mon premier stage ? Même si tout le
personnel était relativement sympathique et disponible, et en y
repensant encore aujourd'hui, je ne trouve pas cela responsable de
lâcher une étudiante de première année n'ayant aucune expérience,
et de lui laisser faire ses premières toilettes SEULE, sans que
personne ne l'observe pour la corriger.
Toutefois,
bien trop timide et « obéissante » pour dire quoi que ce
soit, je m'y suis attelée sans rien dire. L'avantage, c'est que
j'aurais appris à être autonome très rapidement au niveau des
toilettes, et en respectant les « règles de bonnes
pratiques ».
Ma
deuxième pensée est attribuée aux premiers soins infirmiers dits
« techniques » que j'ai réalisé en compagnie de jeunes
infirmières diplômées : mesure de la glycémie capillaire,
injection d'insuline, et surtout... Mon premier prélèvement
veineux. Toutes ces petites choses qui aujourd'hui me paraissent si
« banales » et ne m'angoissent plus du tout, m'ont
pourtant retourné l'estomac d'appréhension quand j'ai du les
réaliser la première fois... Notamment ma première prise de sang
(que j'ai réussi, oui oui!). Je me souviens encore avoir eu
l'impression que mes mains tremblaient comme une feuille, tandis que
l'infirmière m'a affirmé ensuite que j'avais semblé d'un calme
Olympien... Nous dirons que cela fait sans doute parti de l'une des
« qualités » que ce stage m'aura permis de développer.
Petit
à petit, une routine s'est installée, j'ai appris à connaître les
résidents, les médicaments, le rôle de chacun... J'ai pu
apprendre à me faire confiance et à encadrer, à la fin de mon
stage, un nouvel étudiant de première année. Durant ma dernière
semaine, l'infirmière m'a dit deux choses que je ne suis pas prête
d'oublier. La première « Le jour où je devrais aller en
maison de retraite, tu pourrais sans problème prendre soin de moi »,
et la deuxième, quelques jours plus tard, « Tu verras, tu te
souviendras longtemps de ce premier stage »... Et sur ce
dernier point, je sais qu'elle a raison...
« Oh,
vous vous en aller déjà ? Vous me manquerez, je vous l'ai déjà
dit, mais c'est fou comme vous me faites penser à plusieurs de mes
petits enfants ! » Oui,
ça elle me l'aura longtemps répété, mais ce sont des petites
phrases qui nous touchent et nous réchauffent le cœur...
« Oh,
mais où rentres-tu donc ma petite ? Chez toi ? Très bien,
je passerai te rendre une petite visite à l'occasion ! »
dixit une vieille dame Alzheimer, relativement attendrissante.
« L'infirmière
coordinatrice m'a dit beaucoup de bien de vous, alors sachez que si à
l'occasion vous avez envie ou besoin de faire des vacations
aides-soignantes pendant vos études, nos portes seront toujours
grandes ouvertes ! » ... Merci Monsieur le directeur,
mais sur ce dernier point, je ne sais pas si c'est sincère ou si le
manque de personnel se faisait sentir... Nous dirons 50-50 ;)