Il y a une situation que j'ai vécu il y a déjà plusieurs semaines. Pourtant, malgré le temps qui passe, celle-ci reste toujours dans un petit coin de ma tête. Aujourd'hui, je l'ai même vu sous un angle un peu différent des autres fois.
J'exerce dans un service traitant de pathologies dites "aiguës" ; il arrive pourtant que nous accueillons certains patients, et qu'ils restent chez nous pour finir leurs jours.
C'est ainsi que je reviens travailler après deux semaines de vacances, toute fraiche, toute pimpante, le sourire aux lèvres (encore plus que d'habitude, si si c'est possible !). Le destin de certains de nos patients étaient connus de tous dans le service, et je suis revenue dans une ambiance quelque peu morose. En effet, nous avions trois patients en fin de vie, ainsi que deux notés comme "non réanimables" en cas d'arrêt cardiaque. OK, le ton est donné.
Je n'ai aucun souci particulier en ce qui concerne ce genre de prise en charge, bien au contraire, j'y accorde une importance toute particulière et m'applique à rendre les dernières heures de ces patients les plus confortables qui soient. Cependant, je n'ai pu cacher longtemps que j'appréhendais que les patients décèdent avec moi ; je n'ai jamais été confronté directement à la mort. Par "chance" si l'on peut dire, je ne me suis occupée qu'une fois, durant ma formation, d'une personne décédée. Mais celle-ci l'était déjà lors de ma prise de poste.
Ce jour là, je travaillais avec plusieurs collègues et avais sous mon aile une étudiante infirmière. Notre journée a commencé plutôt banalement, jusqu'à ce que nous constations qu'un patient commençait à faire des pauses respiratoires. "Oh oh, pas bon signe" m'a immédiatement soufflé mon subconscient (remarque dont je me serais bien évidemment passé). Avec mes collègues, nous avons tout mis en oeuvre pour que la patiente soit la plus confortable possible ; soins de nursing et nombreux traitements lui ont été administrés afin de la soulager. Bien que le patient n'était pas sur le secteur que j'avais en charge, je trouvais nécessaire d'accompagner et soutenir mes collègues dans ces moments.
Avec une de mes collègues, nous sommes retournées dans la chambre de ce patient ; nous nous sommes rapidement aperçues qu'il avait déjà rendu son dernier souffle... C'est avec une certaine émotion que j'ai doucement posé ma main sur son thorax, pour m'assurer qu'aucun mouvement, même minime, ne se produisait. Dans le silence le plus total, mais non pas un silence lourd ni pesant, nous avons appelé le médecin pour qu'il annonce le décès.
Une fois chose faite, mes collègues aides-soignantes et moi-même nous sommes occupées de lui dans son "dernier moment". J'ai accordé une importance toute particulière à ces instants, car non seulement, en plus de soulager mes collègues infirmières prises dans de pénibles histoires de paperasses, je prenais soins de ce petit monsieur qui n'était plus.
"Prendre soin", la raison même pour laquelle j'ai choisi d'exercer le métier que je fais aujourd'hui. Dans les bons comme mauvais moments.
Aucun d'entre nous n'a pu cacher qu'il était un peu bouleversé par la situation. Pourtant, c'est à ce moment là que l'étudiante infirmière (toute timide au passage et très effacée) s'est révélée. En voyant que j'avais un peu moins le coeur à l'ouvrage qu'en début de journée, elle s'est tout d'un coup proposé à faire tous les soins qu'elle était en mesure d'effectuer, et s'est montrée très présente. Ce jour là, elle proposait même son aide aux autres infirmières, choses qu'elle ne faisait pas auparavant.
Aujourd'hui, je souhaitais lui dire bravo, et surtout merci pour son professionnalisme. C'est parfois dans des situations aussi inattendues que l'on distingue et découvre tout le potentiel d'une personne.
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