Parmi les nombreuses situations que vit un soignant au quotidien, il en est une qui m'est particulièrement difficile à gérer : un patient en larmes. Non pas des larmes de joie ni de douleur, mais celles de tristesse. C'est ainsi qu'en allant voir une patiente afin de lui donner ses médicaments, je lui ai trouvé un air triste. J'ai décidé de m'assoir près d'elle afin d'en savoir un peu plus, et c'est là qu'elle a éclaté en sanglots. Complètement désemparée, mon premier réflexe a été de lui prendre la main et d'attendre qu'elle parvienne à se calmer un peu. En lui demandant ce qui la mettait dans cet état, elle m'a tout déballé : la découverte de son cancer de façon tout à fait fortuite, ses traitements par chimiothérapie, ses hospitalisations, ses désirs de retourner à domicile sans le pouvoir et enfin (et surtout!) le faible nombre des visites et l'absence de soutien de sa fille. Puis ses larmes ont repris de plus belle, et elle m'a dit "Et puis, si vous saviez les mots que ma fille a eu envers moi ! Ca me fait vraiment du mal. Je n'ai plus personne à qui parler. Même mes amis sont en voyage, je ne peux pas les contacter. Je me sens si seule". Toujours en lui tenant la main, j'ai essayé de la rassurer comme j'ai pu, en tentant de trouver les mots justes. C'est dans ce genre de moment que l'on se rend compte que gérer ses propres sentiments, c'est déjà bien assez compliqué, mais le faire pour ceux des autres... Alors je lui ai parlé, nous avons échangé longuement sur sa vie, ses ressentis personnels et tout ce qu'elle a bien voulu me révéler. J'ai fini en lui disant "Et puis, vous savez, nous sommes là. Vous pouvez nous parler à n'importe quel moment, nous serons toujours la pour vous écouter. Quelque part, on essayera d'être votre petit rayon de soleil !". Cette dernière réplique l'a fait sourire, un de ces sourires vrais et sincères qui vous prouvent qu'exercer ce métier, ça en vaut bien la peine.
Ce genre de situation nous permet à tous de nous rappeler que ce sont des personnes que nous avons en face de nous, avec leur caractère, leur histoire, et qu'il ne s'agit pas simplement de gens à qui l'on prodigue des soins techniques. Non, nous avons avant tout une personne humaine en face de nous, qui a ses propres peurs et ses propres sentiments.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire